
LES SAULES
DU TOMBEAU
Le dernier des Salix Bonapartea? Dans le nord de l'Angleterre, au sud de Manchester, dans la ville de Congleton, se tient un majestueux saule pleureur. Sa grande taille prouve qu'il a été planté il y a un bon nombre d'années. Le fait est que cet arbre se situe dans un endroit qui faisait partie du jardin de la maison de Sir Thomas Reade. Pour en savoir plus sur ce personnage, bras droit du gouverneur Sir Hudson Lowe lors de la captivité de Sainte-Hélène, le lecteur pourra se rapporter à l'article le concernant sur ce site. Sir Thomas Reade n'a pas longtemps habité dans cette maison, car il a suivi une carrière en Afrique du Nord quelques années après son retour de Sainte-Hélène. Mais il y a néanmoins vécu après 1821, et aurait possiblement fait planter une bouture rapportée du tombeau de Napoléon, comme bien d'autres l'ont fait. Il n'a pas laissé de document qui précise ce fait, sans doute oubliant l'arbre une fois parti pour Tunis où il allait suivre une carrière diplomatique jusqu'à sa mort. La société historique locale à Congleton est en train de se pencher sur cet arbre. Manquant de preuves écrites formelles attestant sa provenance, il leur faut vérifier l'espèce en question et l'âge approximatif. Le saule est décrit comme étant un arbre ancien, d'environ 12 mètres de hauteur, avec un tronc de circonférence de 2,45 mètres ! Il ne s'agit évidemment pas d'un arbre récent. Les branches de cet arbre pendent comme de grands rideaux. ![]() ![]() Le saule de
Congleton
Le tronc est de couleur sombre, ainsi que les tiges qui tiennent les feuilles. Celles-ci sont effilées comme de longues lances, d'un vert sombre, et en dents de scie d'une façon bien plus prononcée que les feuilles d'un saule pleureur commun du type "golden". ![]() La feuille du saule de Congleton Tout semble tendre vers le diagnostic qu'il s'agit bien d'un Salix Babylonica (une preuve supplémentaire pourrait être faite au prochain printemps lors de la floraison). Or un saule de cette espèce, avec un tronc de plus de 2 mètres de diamètre, donc visiblement suffisamment ancien pour dater du 19è siècle, aurait dû trouver sa place dans le parc du château d'un Lord anglais ! Mais non, cet arbre majestueux se trouve dans un simple jardin qui aujourd'hui fait partie d'un garage automobile de la petite ville de Congleton. La circonstance aurait été quelque incompréhensible si l'arbre n'avait une connexion avec... Sir Thomas Reade. ![]() Vue de Congleton avec le garage en premier plan, le grand saule, l'église à gauche (là où est enterrée la famille de Sir Thomas Reade et où se trouve son mémorial) et la maison de Reade dont on distingue le toit à droite Il existe au Musée Bertrand à Châteauroux un reliquaire de Sainte-Hélène. On y trouve une feuille du saule qui surplombait la tombe de Napoléon en 1821. Bien que la feuille en question soit vieille de 190 ans, elle semble avoir un fort lien de parenté avec la feuille moderne du saule de Congleton, ce qui fait là encore pencher vers l'hypothèse qu'il s'agit bien de la même espèce et, avec le lien Sir Thomas Reade,... du même arbre. ![]() Le
reliquaire de Vivant Denon (source: Musée Hôtel Bertrand, Châteauroux, Indre-et-Loire)
Ainsi, Sir Thomas Reade aurait réussi là où beaucoup d'autres ont échoué: nous transmettre, jusqu'en 2011, un arbre issu directement de celui qui ombrageait la tombe de Napoléon à Sainte-Hélène. Pour cet exploit, on pourrait presque lui pardonner les désagréments qu'il aurait pu causer aux compagnons d'infortune de Napoléon lors de la captivité ! Je voudrais remercier Mme Sue Dale, de la société historique de Congleton, pour son aide précieuse et son enquête sur place, ainsi que John Tyrrell, auteur d'un blog connu sur Sainte-Hélène et qui s'est penché lui aussi sur l'énigme du saule de Congleton (voir article sur son blog). Albert Benhamou Le 20-11-2011 |
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