L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

ARTICLES COMPLÉMENTAIRES
| Accueil | The other St. Helena | Articles |



SIR THOMAS READE
La légende "noire" de Sainte-Hélène


Le nom de Sir Thomas Reade est associé aux mauvais moments de la captivité de Napoléon à Sainte-Hélène. Ayant été le bras droit du gouverneur de l'île, Sir Hudson Lowe, voire même le "vrai gouverneur" selon l'aveu de Lady Lowe, les Napoléoniens lui ont attribué la cause de tous les maux dont Napoléon et ses compagnons d'infortune ont eu à souffrir. Son rôle de chef de la police de l'île n'a évidemment pas contribué à ce qu'il en fut autrement. Mais le tableau était-il aussi "noir" qu'on le croit encore aujourd'hui? Afin d'éclairer cette question, il m'a semblé utile de raconter son parcours, avant, pendant et après Sainte-Hélène, afin de mieux faire connaître ce personnage "de l'ombre". Peut-être que, à défaut d'être pardonné ou excusé pour son attitude vis à vis de Napoléon, il pourra au moins être mieux connu, sinon commencé à être compris.


SA FAMILLE

Le nom de Reade est très répandu en Angleterre et est orthographié sous diverses formes: Read, Rede, Reed, Reid, etc. et a pour origine le mot "red" pour signifer quelqu'un aux cheveux roux. C'est dire qu'il devait y avoir grand nombre de personnes de ce type dans le monde anglo-saxon depuis les temps reculés. Aussi, la famille qui nous intéresse particulièrement est celle qui habitait dans un petit village, Congleton, au sud-est de Manchester.
William Reade, le père de Thomas Reade
William Reade, le père de Thomas Reade

Le père de Thomas s'appelait William et était chirurgien à Congleton. Il fut maire de la ville entre 1779 et 1780. De son premier mariage en 1773 avec une prénommée Esther (on ne connait pas son nom de jeune fille), il eut trois enfants:

(1) Richard né en 1774, nommé comme le père de William, qui devint un comptable dans la Navy et mourut à l'âge de 22 ans lors de l'explosion du H.M. sloop Cormorant à Port-au-Prince en septembre 1796

(2) Elisabeth, née en 1776, mariée à un Richard Kent, de Liverpool, et morte en 1816 sans enfant
Elizabeth Reade, la demi-soeur de Thomas Reade
Elizabeth Reade, la demi-soeur de Thomas Reade

(3) George, né en 1778, qui vécut initialement à Congleton, puis à Manchester, et mort à 62 ans en 1840
George Reade, demi-frère de Thomas Reade
George Reade, le demi-frère de Thomas Reade

Après la mort de son épouse Esther, William Reade se remaria avec une dénommée Hannah... Lowe, elle aussi originaire de Congleton mais sans lien direct de parenté avec la famille du futur Sir Hudson Lowe. Notons au passage que l'origine des Lowe est française depuis Guillaume le Conquérant en 1066... Leur ancêtre, normand, s'était distingué à la bataille de Hastings auprès du grand conquérant. Originellement le nom Lowe est dérivé du français "loup", et a ensuite donné plusieurs dérivés anglais comme Lowe. Après la conquête de l'Angleterre, la famille s'était installée sur des terres dans le comté de Worcester attribuées par Guillaume. C'est de cette région de l'ouest du pays que la famille Lowe a donc des origines, et d'où était issue Hannah Lowe.

Le couple eut un seul enfant, Thomas, né le 1er septembre 1782 à Congleton, dans la maison familiale située sur l'ancienne place du marché de la ville (cette maison a été détruite en 1823 lors de la construction de l'Hôtel de Ville, Town Hall). La mère de Thomas mourut cependant lorsqu'il avait 3 ans, peut-être suite à des complications lors d'une grossesse. Elle fut inhumée dans un caveau familial dont l'accès se trouve sous la dallage en pierre de l'église anglicane de Congleton. Le père de Thomas suivit son épouse dans la tombe en 1793. Thomas, alors âgé de 11 ans, fut placé par sa famille comme apprenti dans un office notarial de Congleton. Cette vie monotone et d'orphelin ne lui convenait pas et, en 1799, il s'engagea dans l'armée dès qu'il le put, à l'âge de 16 ans. Avec l'héritage de sa mère, la famille paya pour sa commission d'officier une fois qu'il put confirmer qu'il préférait suivre une carrière militaire.

Signature de Thomas Reade
Signature de Thomas Reade, capitaine au 27ème régiment d'infanterie, en 1806

Sir Thomas Reade
Seul portrait connu de Sir Thomas Reade, à 33 ans




LES GUERRES NAPOLÉONNIENNES

Thomas Reade fut assigné au 27ème régiment d'infanterie et participa à la campagne de Hollande en 1799. En mai 1800, il fut promu lieutenant et servit dans la campagne d'Égypte de 1801. Devenu capitaine en septembre 1805, il participa à l'expédition de Naples sous les ordres de James Craig, puis fut basé en Angleterre en 1806.

En mars 1806, son régiment fut envoyé en Sicile sous le commandement du général Sir John Stuart auprès duquel Thomas Reade fut employé comme quartier-maître général. En mars 1808, il participa à la protection de la Sicile par une flottille de canonnières dirigée par le major-général Sir Henry Bunbury, futur sous-secrétaire de Lord Bathurst, le ministre des Colonies et de la Guerre qui aura la charge de la détention de Napoléon à Sainte-Hélène. Une large flotte française et napolitaine, sous le règne de Murat roi de Naples, menaçait alors la Sicile d'invasion à partir du détroit de Messine. Thomas Reade se distingua lors de la prise de deux îles dans la baie de Naples, alors que la garnison anglaise de l'île de Capri, sous le  commandement de Hudson Lowe, s'était rendue. Thomas Reade mena ensuite une expédition qui se solda par la destruction de 34 canonnières ennemies. Puis, le 10 juin 1810, il captura une flottille de 26 canonnières en Calabre. Pour ces hauts faits militaires, Thomas Reade fut promu au rang de major en janvier 1811 et le roi de Sicile lui attribua l'ordre de St. Ferdinand et du Mérite.

En 1813, Thomas Reade rejoignit son régiment alors engagé à Tarragone en Espagne sous le commandement de Bentinck et de Clinton, et participa ainsi à la fin de la campagne de Wellington pour libérer l'Espagne, jusqu'aux Pyrénées et à Bordeaux. À la chute de l'Empire en 1814, il embarqua avec son régiment pour la guerre éphémère contre les États-Unis, puis revint en Angleterre à la fin des hostilités.

Lors de la dernière campagne de Napoleon en 1815, son régiment rejoignit la Belgique pour être placé sous le commandement de Wellington. Mais, suite à la nomination du major-général Sir Hudson Lowe, quartier-maître auprès de Wellington, il suivit ce dernier à Gênes le 3 juin, et manqua ainsi la bataille de Waterloo. C'est dans ce contexte que les deux hommes eurent à servir ensemble pour la première fois. À l'inverse d'autres futurs membres de l'État-Major de Hudson Lowe à Sainte-Hélène, Thomas Reade n'avait pas servi auprès de celui-ci dans le recrutement de miliciens corses, les Corsican Rangers, un corps honni par Napoléon qui les considérait pas moins que déserteurs de l'armée française. Après Gênes, Reade se rendit avec Lowe à Marseille jusqu'à la fin de la guerre.

En septembre 1815, à l'âge de 33 ans, on lui attribua  l'Ordre du Bain et le titre de Chevalier pour devenir "Sir" Thomas Reade. La même année, le 19 octobre 1815, il fut promu lieutenant-colonel.


Haut de page

Pour lire la suite, cliquez ici



Copyright © Albert Benhamou Publishing 2011  - Tous droits réservés.