L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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LE MASQUE MORTUAIRE DIT "ARNOTT"
(suite)

The Illustrated London News - article 1855
L'article de 1855 dans The Illustrated London News

La collection Pardee
Ce fut au XXème siècle que ce masque réapparut sur le marché. Il fut acquis sur la Côte d'Azur vers 1932 par Alfred Pardee, un collectionneur de la période napoléonienne, qui lèguera plus tard une partie de sa collection à la ville d'Antibes qui, depuis, a ouvert un musée Napoléon pour l'exposer. Le masque, lui, se trouverait à présent au musée Masséna de Nice.
Son épouse, Marie-Antoinette Pardee, publia en 1933 un ouvrage, Autour des masques de Napoléon, dans lequel elle tenta de démontrer que le masque en question était hélénien, c'est-à-dire réalisé à Sainte-Hélène, et antérieur à celui de la souscription Antommarchi de 1833. Pour elle, le masque Antommarchi est d'ailleurs un faux, alors que le masque Arnott serait la seule réplique authentique du visage impérial.
On pourra noter au passage que cet ouvrage fut publié 100 ans après la sortie du masque officiel d'Antommarchi. Il n'est en général pas étonnant de voir, lors d'une date commémorative, un regain d'intérêt dans le monde des collectionneurs et, évidemment, l'arrivée de pièces, authentiques ou fausses, sur le marché.
Le masque Arnott, vue de face
Le masque Arnott, vue de face
Le masque Arnott, vue de profil
Le masque Arnott, vue de profil

L'inscription "franglaise"
Mme Pardee mentionna que le masque Arnott possède l'inscription suivante:
D. Arnot
St Helena
6 mai
1821

C'est un mélange bizarre d'anglais et de français et l'on peut suspecter que cette inscription n'a rien à voir avec le docteur Arnott. Car, s'il l'avait écrite lui-même, il aurait écrit "Dr." plutôt due "D", comme c'est la façon correcte de le faire en anglais. De plus, il a toujours écrit son nom avec deux "t" plutôt qu'un, quoique ses très lointains ancêtres du Moyen-Age écrivaient eux leur nom "Arnot" (cf. The House of Arnot, mentionné dans la note 1210 de L'autre Sainte-Hélène p.373). Mais ce n'était pas le cas de notre docteur qui, lui, écrivait et signait "Arnott".
Historia, septembre 1954
Les trois types de masque mortuaire de Napoléon, celui dit Arnott est celui au centre
(source baron de Veauce, article dans Historia, septembre 1954)


L'argument principal de Pardee
Pour Mme Pardee, le masque Antommarchi est un faux car ses dimensions ne correspondent pas aux mesures qu'il avait lui-même prises sur la tête de Napoléon en mai 1821, et qu'il avait publiées dans son ouvrage de 1825. Antommarchi avait alors donné la mesure prise "du sommet de la tête au menton" comme étant de 7 pouces 6 lignes, soit 7,5 pouces (français), donc 20,3 cm.
Cet argument est cependant aisé à user, et abuser, car on ne peut pas se servir de cette mesure Antommarchi pour la comparer à son masque qui, lui, mesure environ 22 cm de hauteur. Mais ce masque est en grande partie faux, vu que seule la partie faciale pourrait être authentique, le reste ayant été détruit par le docteur Burton. Alors, bien entendu, on ne peut pas prendre une mesure fiable "du sommet de la tête au menton" sur un masque où le haut du front et une partie du menton sont admis comme apocryphes, et la comparer aux mesures réelles prises par Antommarchi sur la tête de Napoléon en 1821.
Mais prouver que le masque Antommarchi est un faux ne prouve pas que le masque Arnott, lui, soit authentique ! Une logique qui, semble-t-il, n'avait pas germé dans le raisonnement de Mme Pardee.

La preuve par le dessin
Pour sa démonstration, Mme Pardee se pencha plutôt sur une comparaison entre le masque Arnott et certains croquis réalisés de Napoléon sur son lit mortuaire. Or on sait que, selon les divers témoignagnes, les croquis n'étaient pas tous très ressemblants, les dessinateurs étant, à vrai dire, des amateurs. Seul le portraitiste Rubidge, alors de passage à Sainte-Hélène en mai 1821, pouvait se targuer d'avoir été un artiste professionnel, mais son croquis n'est pas probant pour le masque Arnott car on voit Napoléon coiffé de son chapeau, donc ne montrant pas le front si imposant dudit masque. En fait, les croquis réalisés à partir de l'après-midi du 6 mai montrent Napoléon habillé en grande tenue, avec son chapeau sur la tête. Seuls les croquis réalisés le matin du 6 mai, avant l'autopsie, montrent sa tête nue, dont le croquis de Marryat que Mme Pardee a préféré pour son raisonnement. Mais, dans ce croquis, on peut constater un front fuyant plutôt que se dressant de façon abrupte et droite, comme une falaise de Sainte-Hélène ! On peut toutefois admettre que le menton du masque Arnott pourrait être plus proche de la vérité que celui du masque Antommarchi. Mais rappelons que le menton de ce dernier est apocryphe, ce qui explique son aspect peu ressemblant aux descriptions d'un menton impérial proéminent.
Un seul croquis ne peut donc pas être utilisé comme "preuve" du masque Arnott, malgré les tentatives de Mme Pardee. Par nature, un croquis donne une représentation plutôt artistique qu'authentique d'un sujet, à l'inverse d'une photographie qui, elle, ne permettrait pas d'être écartée.
Le croquis de Rubidge
Le croquis de Rubidge

Le croquis de Marryatt
Le croquis de Marryatt

Quid du docteur Burton?
Selon Mme Pardee, Burton n'a jamais réalisé un masque de Napoléon, et seul son cousin, le docteur Graves, l'affirma en 1835 ! Son argument est que le seul document qui prouverait le travail de Burton est la lettre qu'il aurait écrite à Mme Bertrand en mai 1821, pour réclamer la restitution du masque facial. Elle déclara que Graves n'ayant jamais produit l'original de cette lettre, il devait donc mentir.
Mais Mme Pardee écrivait en 1933... sur la base des seules sources qu'elle connaissait à l'époque. Depuis, il y a eu au moins la publication des Cahiers de Bertrand, qui reproduisent la réponse du grand-maréchal à la lettre du docteur Burton. Son argument de 1933 n'est donc plus recevable aujourd'hui.
On peut se demander pourquoi Mme Pardee avait insisté à dénier l'existence du travail de Burton alors que, dans l'absolu, cela ne gênait pas sa théorie qui supposait qu'Arnott avait réalisé un masque en cire, secrètement pendant la nuit du 5 au 6 mai, avant les efforts d'Antommarchi et de Burton par la suite. Son but, probablement, a été d'écarter Burton de cette affaire afin de ne se concentrer qu'à détruire le masque Antommarchi. Et il est vrai que le docteur corse, par ses contradictions, avait été une cible bien plus aisée à attaquer et c'est ce qui se passa dès la diffusion de son masque en 1833.


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