
ITINÉRAIRE NAPOLÉONIEN (et personnel) À SAINTE-HÉLÈNE par Jean Fratoni 9 mai 1821 La Tombe… La Tombe, avec des majuscules, non pas par révérence comme au XIXème où, pour ses partisans, rien de ce qui touchait à l’Empereur ne pouvait s’écrire sans majuscule, mais plus simplement pour la distinguer de celles des nombreux petits cimetières de campagne qui parsèment l’île. On a rangé la voiture où on a pu, dès qu’on a trouvé assez de place sur l’étroit bas-côté (faute d’avoir repéré le parking créé récemment juste un peu plus loin), et on s’engage sur le chemin qui fut aménagé à flanc de pente pour permettre le passage du convoi funèbre le 9 mai 1821. Le cortège venait de la gauche, le cercueil (ou plutôt l’ensemble de quatre cercueils emboîtés les uns dans les autres) reposant sur le châssis de la calèche impériale, char mortuaire de fortune. A cet endroit se fit le transbordement et douze soldats britanniques chargèrent le cercueil sur leurs épaules. ![]() ![]() Chemin de la Tombe Il est préférable (quoique interdit sans doute) de visiter La Tombe en dehors des heures officiellement autorisées. Il est préférable aussi de le faire seul ou à deux, et si possible par une journée de brume ou de pluie. On sera ainsi assurés de pouvoir lentement se laisser gagner par la magie du lieu, comme on dit. ![]() Le chemin gazonné, sur plusieurs centaines de mètres, est beaucoup plus long qu’on aurait cru (la superficie de cette pièce des Domaines fait près de quatorze hectares quand Longwood et les Briars représentent chacun à peine un hectare environ). Bien qu’on ne risque guère de se perdre, des flèches jalonnent le chemin et rassurent le visiteur impatient. ![]() ![]() ![]() Fléchage vers la Tombe C’est donc ce chemin qui a été lentement parcouru en 1821 par les soldats portant le quadruple cercueil (en trois équipes successives), entre deux rangées de militaires crosse en l’air, au son lointain du canon - ce cérémonial arrêté de longue date par les autorités n’était d’ailleurs rien d’autre que celui prévu pour tout général ayant commandé en chef. En 1840 d’autres soldats britanniques, bien plus nombreux cette fois en raison du poids supplémentaire de l’énorme sarcophage d’ébène convoyé depuis Paris (l’ensemble pesait plus d’une tonne !), remontèrent le même chemin. La Tombe apparaît dans une trouée du feuillage, par surprise, et laisse le visiteur saisi : au centre d’une petite clairière en contre-bas, dans un hémicycle de gradins fleuris, sous de grands arbres qu’on n’attendait pas, enfermée dans sa cage de grands barreaux hérissés de fers de lance. On se rappelle ces gravures qui la montrent dans un espace ouvert, ombragée seulement de quelques légers saules pleureurs à la Rousseau, ou Musset. ![]() Première vue de La Tombe On poursuit jusqu’à un petit portail à ne pas franchir. ![]() Portail interdit Après le portillon interdit le chemin continue de descendre en pente douce. ![]() Passé le portail... Le dernier obstacle est un petit ruisseau qu’il est encore moins question d’enjamber. Ce ruisseau s’alimente à la proche « source Torbett » où chaque matin un chinois de Longwood allait remplir deux bouteilles d’eau fraîche pour l’Empereur, et où les familles Torbett puis Pritchard firent plus tard commerce d’eau sacrée pour les nombreux pèlerins. Encore un panneau d’interdiction. Il y a une raison très prosaïque à ces multiples panneaux d’interdiction (outre les fleurs à ne pas déranger) : le sol est spongieux, souvent imbibé d’eau de ruissellement, alors imaginez le piétinement de la population d’un bateau de croisière (plus que toute celle de Jamestown !). ![]() Accès interdit La piste gazonnée devient un étroit sentier entre les fleurs. On approche de la guérite où a longtemps veillé un soldat en faction (le Sergent Young) pour protéger les lieux des visiteurs trop zélés- et du mât où on hisse le drapeau français dans les grandes occasions ![]() Au bout du chemin à droite, la guérite du Sergent Young De près on peut voir que la grille ne comporte pas de mécanisme d’ouverture -elle n’en a jamais eu, se serait-on à ce point méfié de l’occupant ? Il n’y a pas non plus de nom sur les dalles. Pour une fois on peut remercier Hudson Lowe d’avoir obstinément refusé d’appeler l’Empereur autrement que Bonaparte, même après sa mort -ce qui explique la pierre nue. C’est mieux ainsi. Heureusement on n’a pas cru bon d’édifier un monument, un cénotaphe, ni même d’apposer une stèle, -tout le monde sait qui était là. ![]() ![]() La Tombe |
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