L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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ITINÉRAIRE NAPOLÉONIEN (et personnel) À SAINTE-HÉLÈNE
par Jean Fratoni



5 mai 1821

Bien sûr, là se concentre l’émotion.

Pièce où Napoléon décéda
Le lit mortuaire (réplique)

C’est la deuxième pièce dans laquelle on pénètre, après la salle du billard, presque gaie. Aussitôt le silence se fait, les regards sont aimantés par le lit de camp tendu de blanc encadré de draperies vertes, les draps un peu froissés, comme tirés à la va-vite. Notre guide ce jour-là, la minuscule Ivy, fort autoritaire malgré sa taille. On est dans l’endroit sacré, le salon, où par commodité on transféra le lit (les deux lits) de Napoléon quand son état requit une assistance constante.
 
Le masque de bronze joue un rôle important dans la dramaturgie de la pièce (aux deux sens du mot). On ne pourrait aller plus loin dans la représentation qu’avec un mannequin sur ou dans le lit.
Masque mortuaire de Napoléon
Masque mortuaire de Napoléon

Il renvoie aussi, comme tant d’objets associés à Napoléon, à quantité de questions largement attisées par l’intérêt commercial des uns et des autres et débattues par les érudits depuis bientôt deux cents ans - ceci est d’ailleurs un mystère : comment une existence aussi scrutée dans ses détails par autant de témoins méticuleux, surtout à Sainte-Hélène, peut-elle encore susciter tant d’interrogations ?
 
Qui donc a pris l’empreinte ou les empreintes, à quel moment, à l’aide de quel matériau ? Le moulage concernait-il la totalité de la tête ou seulement la face, ou seulement le haut de la face ? En combien de pièces ? D’où proviennent les nombreux exemplaires tous revendiqués comme (seuls) vrais, et quel est leur degré d’authenticité, ou de reconstruction ? D’ailleurs existe-t-il un seul masque authentique (conforme à l’empreinte) ? Complet ? Enfin, si oui quel est-il ? En bref, ce masque de bronze sur fond de lit mortuaire reproduit-il fidèlement les traits de Napoléon au lendemain de sa mort ? Le pèlerin en tout cas le reconnaît bien : cette représentation, magnifiée peut-être, d’un visage émacié, à la fois douloureux et apaisé, est exactement conforme à l’image qu’il en attendait.
 
Une petite plaque de cuivre toujours brillamment astiquée est vissée dans le plancher contre le lit de mort.

Plaque désignant l'emplacement du décès

« ICI » ne veut pas dire, comme en général, en cette maison, ou bien quelque part en un endroit proche, mais : très exactement à la place où vous lisez ces mots. Cette petite plaque, dans une pièce pourtant dédiée tout entière à la mort de l’Empereur, tire de sa précision d’horaire de chemin de fer un incroyable pouvoir de sidération du visiteur.

Ceci dit, quel était le degré de précision de l’horloge et de la mesure du temps à Sainte-Hélène en 1821 ? Dans le procès-verbal dressé immédiatement Montholon indiqua « six heures moins dix ». A quelle minute exacte est donc mort Napoléon ?
   
Voilà la vue la plus humble mais peut-être la plus émouvante de toutes. C'est le papier peint, reproduit à l’identique à partir d’un fragment retrouvé du papier d’origine (voilà le mérite des reliques), sur le mur juste au-dessus du lit (on devine l’ombre des voilages), tel que Napoléon couché pouvait le voir, sans doute la dernière chose que ses yeux auront fixée.

Papier peint de Longwood

Dans les tout derniers jours on avait retiré de ce pan de mur le portrait de son fils, dont la vue aurait pu l’agiter. On l’y a remis aujourd’hui.
 


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