L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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ITINÉRAIRE NAPOLÉONIEN (et personnel) À SAINTE-HÉLÈNE
par Jean Fratoni




PRÉAMBULE

C’est où au juste, Sainte-Hélène ?

À cette question on peut répondre exactement, de différentes manières, mais sans forcément dissiper le mystère :
-   Latitude : entre 15°54 et 16° Sud   /   Longitude : entre 5°39 et 5°48 Ouest
-   à la hauteur de la frontière entre la Namibie et l’Angola, à environ deux mille kilomètres de la côte africaine et trois mille de la côte brésilienne,
-   à l’intersection d’une verticale passant par Tanger et d’une horizontale tirée depuis Brasilia.

En croyant aider on peut ajouter que la terre la plus proche, à 1.125 km de distance, est une autre île, plus petite encore, Ascension, qui n’est peuplée que d’une base américaine.

On peut dire aussi, à peine moins exactement :
 
Sainte-Hélène est dans l’Atlantique Sud, au milieu de nulle part, loin de tout.
 

C’est grand ?
 
Environ 16 km sur 8 (exactement 122 km2), soit à peu de chose près la superficie de Jersey, de moitié plus grande que Belle-Ile, ou encore deux fois plus petite que Samui (île du golfe du Siam).
 

On  y va comment ?
 
Peu nombreux sont les visiteurs à Sainte-Hélène. On n’en compte même pas mille par an, dont seulement vingt-cinq Français en moyenne.
C’est qu’il n’y a pas d’aéroport, et qu’on n’y va pas en passant - si on exclue les passagers de bateaux de croisière qui y font brièvement escale de loin en loin, et qui restent dormir à bord.
En fait, il n’existe qu’une seule liaison régulière avec le reste du monde, par le RMS St-Helena  (Royal Mail Ship) qui fait la navette depuis Cape Town, Afrique du Sud, avec 128 passagers au maximum, en cinq jours et cinq nuits si tout se passe bien.
 
Sainte-Hélène n’a jamais été physiquement aussi isolée qu’aujourd’hui, d’abord à cause du percement du Canal de Suez en 1869 qui en a détourné le gros du trafic maritime, puis du fait de l’avènement des long-courriers aériens qui a entraîné la fin des dernières lignes océaniques.
L’aéroport dont le contrat vient d’être signé devrait être opérationnel dans quatre ans, signant la fin du RMS – et bouleversant sans doute radicalement, pour le meilleur et pour le pire,  le fragile équilibre économique, social et culturel de l’île.

 
En deux mots, ça ressemble à quoi ?
 
Une île d’origine volcanique, au relief très tourmenté. Des côtes invariablement rocheuses. Ne rappelle guère l’image traditionnelle de l’île tropicale.
 
Sainte-Hélène a été découverte et baptisée en 1502, elle était alors inhabitée. Elle est possession anglaise à peu près sans interruption, depuis 1659.
Les habitants, citoyens britanniques (les Saints comme ils s’appellent) sont entre quatre et cinq mille, très métissés. Beaucoup doivent travailler au loin, faute de débouchés locaux. Pas de langue indigène, pas de culture originale. Il en résulte cette impression d’un coin de terre qui survit hors du temps, un infime  vestige de l’immense Empire britannique, animé d’un décorum désuet, voire dérisoire, avec un Gouverneur, un Parlement, un Tribunal, une Prison, un Evêque anglican, comme une miniature d’état, le décor d’une opérette de Gilbert & Sullivan.


Et ton voyage ?
 
En novembre 2011, avec mon frère Albert. C’était déjà un vieux rêve, qu’il fallait se hâter de réaliser avant que le bateau ne disparaisse (sans parler de nous).
Novembre c’est en principe le début de l’été austral mais le temps s’est avéré très britannique : changeant, mouillé, pas chaud du tout.
 
Tous les visiteurs ou presque, ayant conscience de vivre une expérience rare, tiennent un carnet ou filment et mitraillent à tout va. Je n’ai pas écrit une ligne là-bas mais j’ai pris des photos. Appareil simplissime, pratiquement sans zoom. Ce sont, à tous les sens du terme, des photos d’amateur. J’en ai sélectionné une centaine, auxquelles j’ai ajouté quelques autres qui m’ont paru utiles pour l’aspect documentaire.
L’idée, le fil conducteur si on veut, est de restituer très subjectivement à l’aide de ces images et d’un libre commentaire certaines impressions de l’île en résonance avec le séjour de son plus illustre résident, en soulignant, chemin faisant, ce qu’il avait lui-même vu, ou parfois ce qu’il n’avait pu voir.  
 
Pour un Français l’équation est simple : Sainte-Hélène c’est Napoléon. Sur place on réalise vite qu’il n’en va pas de même. Ce qui semble pour nous une évidence y apparaît souvent comme de l’outrecuidance. D’abord il ne s’est agi que d’une parenthèse de cinq ans dans une histoire coloniale de plus de trois siècles. Ensuite l’épisode napoléonien a toujours été totalement étranger aux autochtones, et quant aux Autorités, elles savent bien qu’elles n’y ont pas tenu le beau rôle.
 
Mais même les plus sourcilleux des Britanniques doivent en convenir : malgré DarwinWellington, ou le Capitaine Cook, qui tous un jour ou l’autre y ont fait escale, c’est bien Napoléon qui a donné à cet îlot perdu sa dimension légendaire. 



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