L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

ARTICLES COMPLÉMENTAIRES
| Accueil | The other St. Helena | Articles |






ITINÉRAIRE NAPOLÉONIEN (et personnel) À SAINTE-HÉLÈNE
par Jean Fratoni


Dimanche 15 octobre 1815

Sainte-Hélène est une petite île, les passagers forcés avaient eu tout le temps de s’en enquérir pendant le long voyage : on avait pu leur dire qu’elle était à peu près grande comme Jersey.
Sans doute avaient-ils pu en voir une carte. Sur celle-ci, pour touristes, on repère sans peine Jamestown, en haut et à peu près au centre, la capitale et seule agglomération de l’île à l’époque, Plantation House (la résidence du Gouverneur), Longwood (où sera celle de l’Empereur). Attention, le N en bas à droite signifie… Nord.
 carte Ste Helene
 
 
Certains d’entre eux auraient pu aussi voir des gravures, dont il existait déjà bon nombre, mais c’est très peu probable puisqu’ils n’ont su leur destination que le 31 juillet 1815, au large de Plymouth, juste une semaine avant d’être transbordés sur le Northumberland en vue du grand voyage. La plus ancienne gravure connue (Van Linschoten, 1590) n’est certes pas une vue réaliste  mais elle rend déjà bien l’idée générale, des rochers, encore des rochers, et comme elle la plupart des gravures à venir accentueront l’aspect dramatique des falaises et la situation si particulière de Jamestown, qui se faufile comme elle peut dans une brèche de la montagne.
carte Van Linschoten - 1590
Carte de Van Linschoten, 1590

 
Tous ceux des marins qui étaient allés en Asie avaient fait escale dans cette île providentielle où on trouvait de l’eau, des fruits frais, des filles sans doute. Mais aucun des Français n’avait franchi l’équateur, aucun n’était allé sous les tropiques : une île tropicale, des plages frangées de cocotiers, de vastes plantations, c’est à quoi ils se seraient attendus peut-être … Certains d’entre eux avaient connu des îles, Elbe notamment, si souriante, mais aucun n’avait jamais rien vu de pareil : départ d’Angleterre le 9 août, passage par les Canaries, invisibles dans le brouillard, escale sans descendre à terre à Madère, par très forte mer, arrivée le matin du 15 octobre 1815. Massés au bastingage, tous les vingt-deux (sans compter les enfants), ils virent se dresser devant eux une falaise hostile, effrayante.
Arrivée à Ste-Hélène

L’aube se leva –il n’y avait que deux couples à bord (et leurs quatre enfants), les Bertrand et les Montholon. On peut imaginer l’un d’eux scrutant la rive, comme ici Mac et Ann (qui découvre, elle aussi pour la première fois, la terre natale de son père).
Ann
Mac et Ann

Ah si, il y avait aussi un couple de domestiques, les Heymann, au service des Bertrand, avec leur jeune garçon, - il est vrai que les petits serviteurs ont le plus souvent traversé cette période dans les marges, comme des ombres.
 
Cette gravure datée précisément de 1815 est fidèle dans les grandes lignes (sauf l’église et son clocher démesuré), et on retrouve aisément des repères qui existent encore aujourd’hui tels le rempart et la poterne. Les trois cocotiers, très décoratifs, n’existaient pas plus à l’époque qu’aujourd’hui.
Gravure de 1815
Arrivée à James Bay, gravure de 1815

 
     « L’Empereur (…) s’est avancé sur le passavant pour considérer le rivage plus à son aise.
        On voyait une espèce de village encaissé parmi d’énormes rochers arides et pelés qui
        s’élevaient jusqu’aux nues. Chaque plateforme, chaque ouverture, toutes les crêtes se
        trouvaient hérissées de canons. »

               (Las Cases – Mémorial de Sainte-Hélène)

Sur la photo ci-dessous, il faut remplacer les canots et les petits voiliers d’aujourd’hui par des bâtiments de guerre puissamment armés et de gros vaisseaux marchands pour avoir une idée de ce à quoi ressemblait James Bay avant que le percement de l’isthme de Suez ne porte un coup fatal au trafic dans ces régions et à la relative prospérité de l’île, cette auberge de l’océan. De mille navires par an on est tombé à une ou deux visites mensuelles du seul RMS Saint-Helena, sauf le passage très occasionnel d’un grand bateau de croisière ou de quelque marin solitaire – tel, en avril 1928, Alain Gerbault, qui par une étrange coquetterie ne rendit pas visite aux sites napoléoniens.

James Bay
James Bay, aujourd'hui



Haut de page





Copyright © Jean Fratoni 2012  - Tous droits réservés.