L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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UN TÉMOIN ANGLAIS DE L'EXHUMATION
La lettre de Lefroy à sa soeur
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Longwood, Ste-Hélène,
Le 17 octobre 1840

Tu ne donnerais pas cher pour obtenir un récit du départ des restes de Boney qui n'aurait pas déjà été écrit, aussi je me contente de te donner une description simple et factuelle, en réprimant mon ardeur pour ne pas tomber dans le poétique ou le sentimental.

J'ai eu la bonne fortune, grâce à une faveur spéciale, d'être témoin à tout. La cérémonie a cependant été tellement privée que personne n'a été autorisé à y assister sauf les personnes officiellement choisies [1]. Il avait été décidé que l'exhumation commencerait à minuit, le 15, vingt-cinq ans au jour près depuis son arrivée dans l'île [2]. Les parties présentes étaient le comte Chabot (le commissaire en chef) [3], le maréchal Bertrand, le général Gourgaud, Las Cases, Marchand, Archambault, et un autre vieux serviteur de l'Empereur [4], deux ou trois capitaines français, l'abbé Coquereau, et quatre ou cinq personnes des autorités coloniales anglaises, le juge, etc. [5]

C'est dans un coin sauvage où il repose, et cette assemblée de minuit formait une des scènes les plus pittoresques à laquelle il ne m'ait jamais arrivé d'assister. Les sentinelles postées sur les hauteurs, les ouvriers noirs, les soldats de la Garde et le groupe de travail, mélangés aux visages ternes des autorités présentes, sous l'éclairage imparfait dans lequel ils travaillaient, auraient pu former une scène pour Rembrandt.

Je suis arrivé après minuit alors que le travail avait commencé. Les grilles en fer étaient retirées sur trois des côtés de la tombe, le sol jonché d'outils, de cordages et autres, et ils étaient en train de desceller les dalles en pierre qui recouvraient le caveau [6]. Une par une, par la force, avec des leviers et des poulies, elles ont été dégagées et nous avons vu l'espace entre les murs du caveau rempli de glaise et de pierres au fond duquel il reposait. La nuit était humide et sombre; cela contribuait au pittoresque, mais n'ajoutait rien au confort ou à l'aisance de la tâche; cependant les ouvriers s'y sont appliqués si bien qu'au bout de trois heures et demie sept pieds de rembourrage furent retirés, et la maçonnerie solide était atteinte.[7]

La première couche de maçonnerie, outre le fait qu'elle était composée d'un ciment des plus tenaces et d'une pierre des plus dures, était serrée et tenue ensemble, comme si ceux qui l'avaient inhumé là avaient eu l'intention de défier tout dérangement. Près de cinq heures furent consommées à n'enlever qu'un pied de l'épaisseur de cette couverture. La partie inférieure, afin d'être rendue parfaitement imperméable, était entièrement faite de ciment romain, aussi dur que de la pierre. Cependant, tôt le matin, ils découvrirent, à la grande satisfaction de tous, qu'ils avaient en fait atteint la pierre du sarcophage, et n'avaient  plus grand chose à faire.

Quoique la circonstance ait été intéressante, on ne reste pas debout sous la pluie et au froid, depuis minuit jusqu'au petit matin, sans montrer quelque impatience. Bertrand avait disparu tôt, et, de temps à autre, plusieurs d'entre eux prenaient plus de temps que nécessaire à prendre leur café. Une sorte d'hébergement, avec des sofas et des chaises, avait été arrangé dans une maison en dur dans les alentours [8]. J'ai pu faire un somme d'une demi-heure dans l'abri de l'officier de garde. Il a fallu laisser les écrous et les anneaux dans la pierre supérieure du caveau [9]; cela a pris un certain temps mais, à dix heures moins vingt, tout fut prêt. Tu dois imaginer nos regards avides lorsqu'on a soulevé à l'aide de cordages la dalle massive, et voilà ! devant nous se trouvaient les reliques du "puissant défunt" dans son repos immuable.

Il y a eu une formalité officielle à accomplir, celle de mesurer le caveau, le cercueil, etc. afin de les identifier. Ce genre de choses ont été faites par le comte Chabot à chaque étape [10]. L'abbé a ensuite pris sa place à la tête du tombeau, et nous avons écouté, tête nue, le "De Profundis" et d'autres prières qu'il a prononcées. Sa  robe splendide (le crucifix et le récipient d'eau bénite étaient des choses nouvelles pour moi [11]), et le service en latin, avec le faible écho de deux choristes aux visages pâles qui se tenaient de chaque côté, ont donné à la cérémonie un aspect très impressionnant. Ce service a été court, mais il s'est ensuite mis de côté et en a prononcé un plus long à lui-même.

Le docteur[12] avait des outils pour faire des trous à travers les cercueils (fer blanc, acajou, plomb) et pour injecter de la créosote, mais ils décidèrent de l'ouvrir entièrement [13]. Il y avait beaucoup de rumeurs absurdes qui circulaient, telle que la dépouille avait été substituée. Ils souhaitaient les faire taire toutes [14]. Un des officiels a cependant élevé une protestation contre l'ouverture, et a refusé d'y être présent. C'était une question de savoir s'il y avait une autorité adéquate pour le faire [15]. Personne ne fut autorisé à y être présent mis à part les commissaires et d'autres à qui on avait ordonné d'y assister. Le corps a été trouvé dans un état de conservation parfaite, comme s'il avait été inhumé la veille: les traits distinguables, l'uniforme intact. Certains d'entre eux ont été émus aux larmes en voyant leur maître d'antan, qu'ils avaient aimé et servi, si merveilleusement ressuscité comme s'il revenait de l'état poussière [16]. J'ai entendu Marchand dire qu'il ressemblait à ce qu'il avait été, mieux que lorsqu'il avait été inhumé [17]. Le léger gonflement avait rendu quelque rondeur à ses traits; la belle main, qu'il avait eue de remarquable, était calmement étendue à son côté; le vase [18], les pièces, les décorations, tout se trouvait à leur place originelle. Je crois que le corps n'avait pas été embaumé, de sorte que c'est dû à la manière avec laquelle tout avait été hermétiquement scellé; la corruption du temps et le ver ont épargné celui qui leur avait donné tant de fois un banquet [19]. Il semblait que les horreurs de la mort avaient disparu de façon que, pour le corps lui-même, cela ressemblait à un long sommeil ininterrompu.

Exhumation de 1840
L'ouverture des cercueils de Napoléon

Tu as lu au sujet du cercueil en ébène qu'ils avaient amené avec eux; ses propres cercueils ont tous été déposés à l'intérieur [20], et le tout à nouveau dans une sorte de sarcophage en chêne, faisant un poids énorme (vingt-trois quintaux) pour le corbillard qui devait le porter au navire.

La procession n'est pas partie de la tombe avant quatre heures de l'après-midi. Elle était petite, car il y a peu de troupes ici, et le temps était abominable - une brume humide pendant toute la durée.

Le régiment de la milice de l'île a marché en premier, suivi des habituels, puis le prêtre et ses assistants qui portaient le crucifix et précédaient le corbillard. Cela vaudrait presque la peine d'aller à Paris pour voir le splendide poêle. Je n'ai jamais vu d'aussi riche et d'aussi beau. Il est d'une taille immense, j'oserais dire de quatorze pieds sur dix, de velours violet richement brodé (avec des abeilles en or), divisé en quatre parties par une très grande croix en argent avec des bordures dentellées en or. La broderie de la bordure a coûté à elle seule 1000 livres sterling, un beau travail d'enluminure avec des gerbes magnifiques aux angles, et à l'extérieur une grande bordure en hermine. 

Les coins ont été tenus par Bertrand, Gourgaud et Marchand [21]. Le Gouverneur et un grand nombre d'officiers, français et anglais, suivaient. J'ai vu passer la procession deux fois, mais ai préféré ne pas m'y joindre, ce que je n'étais pas obligé de faire, et je ne l'ai pas suivie à Jamestown pour voir l'embarquement. On m'a cependant dit que cela avait été un joli spectacle. J'avais pensé que, comme il était tard et humide, elle serait retardée au lendemain, et j'étais suffisamment fatigué de ma nuit blanche à y assister que j'étais content de rentrer chez moi.

La procession traverse Jamestown
La procession traverse Jamestown

Des canons ont été tirés chaque minute pendant tout le parcours, ainsi qu'une salve royale depuis la batterie, mais pas depuis le vaisseau de la Marine [22]. Toutefois, mis à part cette dernière exception, tout a été fait comme s'il était empereur, quelque chose que nous nous sommes refusés à admettre auparavant, ce qui constitue une amende honorable à la France et inculpe directement tous les gouvernements précédents. Je m'en serais tenu au "Général Bonaparte" aussi longtemps qu'il y aurait une "balle chargée dans le fusil" [23].

Le Prince de Joinville a rencontré la procession à l'embarcadère et a lui-même manoeuvré le navire qui a emporté la dépouille. Il n'est pas vraiment sorti beaucoup, en partie parce que le Gouverneur n'a pas été capable de le divertir et qu'il n'y avait personne d'autre pour le faire. Il est venu une fois à Longwood, avec plusieurs d'entre eux, dont Bertrand. Ce fut intéressant de voir Bertrand à l'endroit où son nom est tellement attaché. Je lui ai demandé si je pouvais avoir l'honneur de montrer la maison à S.A.R. "Thank you, sare, I never drink wine" a été sa réponse, dans une voix très douce. Il [24] est très grand et maigre, avec une allure sérieure mais très intelligente, perspicace, des manières de gentleman, et très agréable lorsqu'il le souhaite. Il dessine très bien, spécialement des caricatures, joue du piano, parle et lit l'anglais et l'espagnol, et est, en fait, un être très supérieur. Il n'a pas eu le temps de visiter l'observatoire et n'y est resté que quelques minutes [25].

Marchand et Bertrand sont venus de nouveau, mais j'étais sorti. Je les ai cependant rencontrés deux ou trois fois, et ai pu les voir suffisamment, mis à part le Prince. Bertrand et Las Cases, qui m'ont rendu visite, m'ont demandé une sélection des pierres de l'île, et je leur en ai préparé une pour chacun. Tous les Français étaient friands d'en avoir. Une fois, un de mes voisins est venu me supplier: "Dieu bénisse, Monsieur, il y a partout une demande insatiable de leur part." J'en ai donné par douzaines. Rien ne m'amuse plus que leur anxiété à obtenir des reliques de toutes sortes: des poignées de terre, de l'eau de la source de Napoléon, des feuilles, des fleurs, des bulbes - rien ne leur déconvenait. Un marchand a employé un maçon pour aller par-delà les collines pour rapporter tout ce sur quoi il pouvait mettre les mains [26].

Je ne sais pas si je t'ai déjà dit que j'ai collecté plus de 200 spécimens (de minéraux) spécifiques à l'île, ce qui m'est très profitable. Je fais des échanges. J'ai obtenu du docteur français quelques-uns des plaines de Troie et j'aurai sans doute, bon an mal an, quelques-uns de vraie valeur et ayant de l'intérêt.

Je dois te dire quelque chose d'amusant. Un vaisseau marchand anglais avait dépassé le cap lorsque les navires français ont tiré des salves de salut, tous d'un coup. Le vaisseau, croyant qu'ils attaquaient l'île, a mis le branle-bas, a levé toutes les voiles, et s'est enfui pour garder la vie sauve [27].

Transbordement des cendres de Napoléon
Transbordement des cendres de Napoléon sur la Belle Poule

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Notes:
[1] Lefroy parle ici de l'ouverture des cerceuils à laquelle seules certains officiels avaient été désignés pour y prendre part, cette opération n'étant pas ouverte aux "curieux" comme Lefroy et autres ! Du reste, on ne savait pas dans quel état allaient se trouver les restes mortels de l'Empereur Napoléon.

[2] Le HMS Northumberland, qui avait emmené Napoléon et son entourage en captivité, était en fait arrivé à Sainte-Hélène le 14 octobre 1815, et les Français ne furent autorisés à débarquer que le 17, pour permettre aux autorités d'organiser leur installation et celle des nombreuses troupes les accompagnant.

[3] Le comte Philippe de Rohan-Chabot, âgé de 25 ans, était royaliste, de sang britannique par sa mère, et un ami d'enfance du Prince de Joinville, fils du roi Louis-Philippe; au sujet de Chabot, lire L'autre Sainte-Hélène, page 382.

Philippe de Rohan-Chabot
Philippe de Rohan-Chabot
(source: ouvrage "Les 5 cercueils de l'Empereur", 1985)
 
[4] Il s'agissait sans doute de Saint-Denis, dit le mameluck Aly, quoique Noverraz et Archambault y assistèrent eux aussi.

[5] Pour la liste des personnes ayant assisté à l'ouverture des cercueils de Napoléon, voir notamment L'autre Sainte-Hélène, page 386.

[6] La tombe était recouverte par trois grandes dalles en pierre et était entourée par des grilles en fer sur chacun des quatre côtés.

[7]En-dessous des trois dalles qui recouvraient la tombe au niveau de la surface, il y avait une structure en maçonnerie, formant un mur sur les quatre côtés, qui plongeait profond dans la terre; l'intérieur de cet espace mutal était rempli de pierres scellées entre elles par des crampons en fer et du ciment romain, puis de la terre et des pierres par en-dessous; une fois tout ce remplissage retiré, la dalle de la sépulture proprement dite a été visible; elle recouvrait un caveau, ressemblant à un sarcophage en pierre, qui contenait le cercueil de Napoléon dans son intérieur, lui-même reposant sur une autre dalle au fond (voir plan du caveau ci-dessous).

Plan du caveau de Napoléon
Plan du caveau de Napoléon

[8] Gourgaud, dans son récit, mentionna qu'il s'agissait de la maison de la famille Dickson, la mère ayant aidé la comtesse Bertrand lors de ses couches de son fils Arthur, né à Ste-Hélène. Une des filles Dickson était prénommée Fanny, en souvenir de la comtesse Bertrand.

[9] Sur la pierre recouvrant le sarcophage, on pratiqua un trou à chaque extrémité dans lesquels on plaça des anneaux en fer pour la soulever à l'aide de poulies et de cordages; ces éléments furent laissés sur place en 1840.

[10] La tâche avait été confiée à Las Cases, qui assistait le commissaire Chabot; voir l'ouvrage de Las Cases, publié en 1841, disponible en ligne: Journal écrit à bord de la frégate Belle-Poule.

[11] Le rite religieux anglican est sans doute différent dans ces circonstances, ce qui expliquerait le commentaire de Lefroy.

[12] Il s'agissait du docteur Rémy Guillard, qui a produit un rapport de l'ouverture du cercueil de Napoléon en donnant des détails d'un point de vue médical. Voir ce rapport dans L'autre Sainte-Hélène, pages 391-392.

[13] Lefroy n'a pas assisté à cette phase des opérations; le cercueil avait été monté du fond du caveau et transporté sous une tente à côté où seules les personnes autorisées ont pu assister à l'ouverture des différents cercueils, au nombre de quatre: l'externe en acajou, ensuite un en plomb, puis un autre en bois exotique ou acajou, et enfin le cercueil en fer blanc dans lequel reposait la dépouille de Napoléon.

[14] Les théories de "conspiration" ne sont pas nouvelles; déjà, après l'annonce de la mort de Napoléon en 1821, beaucoup étaient convaincus qu'il avait été empoisonné; quant à la substitution de la dépouille de Napoléon, le commentaire de Lefroy montre que les rumeurs existaient avant l'expédition des cendres, quoique depuis celle-ci, la théorie s'est renforcée avec les contradictions relevées dans certains témoignages entre 1821 et 1840.

[15]Cette anecdote confirme le récit de Gourgaud qui lui seul mentionna, parmi les témoignages français, cette opposition à l'ouverture des cerceuils; il indiqua que c'était le chef de la Justice, donc Wilde (que Gourgaud a écrit Wales ailleurs dans son récit); ce nom peut cependant être mis en doute car Wilde était ami avec Lefroy, donc celui-ci n'aurait sans doute pas manqué de mentionner son nom ici; de surcroît, Lefroy indique que l'objection avait été faite pour une question d'autorité, et non de "droit"; or, seul W.H. Seale, Secrétaire colonial et lieutenant-colonel de la milice de Sainte-Hélène, aurait pu lever une telle objection, compte tenu de sa fonction; évidemment, l'arrivée ultérieure du gouverneur Middlemore, avant de procéder à l'ouverture des cercueils, régla cette question d'autorité.

[16] Pour l'explication sur la conservation apparente de la dépouille de Napoléon, et son embaumement supposé, lire L'autre Sainte-Hélène, pages 393-396.

[17] Entre le moment de la mort vers 18 heures le 5 mai 1821, et sa mise en bière le soir du 7 mai vers 19 heures, l'aspect du corps avait subi le début de la putréfaction et les traits étaient visiblement altérés, selon tous les témoignages de 1821; or, en 1840, ces mêmes témoins s'étaient émus de retrouver Napoléon mieux qu'il ne l'avait été au moment de la mise en bière; il y avait effectivement de quoi soulever des questions, déjà parmi les témoins de 1840, et sans attendre des théories de complot. Mais en lisant les témoignages de 1840, le lecteur pourra s'apercevoir que les perceptions ont dû être faussées par l'émotion du moment alors que, en réalité, la dépouille mortelle de Napoléon, certes remarquablement conservée, avait néanmoins subi l'usure du temps.

[18] On a quelquefois tergiversé sur les vases en argent qui contenaient le coeur et l'estomac; or seul le coeur avait été placé dans un vase rempli d'eau-de-vie, en vue de le préserver; ce vase fut scellé par en-bas avec une pièce à l'effigie ru roi George III d'Angleterre ! Au-dessus, il était surmonté par l'aigle impériale. Quant à l'estomac, il fut placé dans un poivrier en argent, sans moyen d'empêcher la putréfaction. Voir pour ces détails le rapport du docteur Rutledge, reproduit dans L'autre Sainte-Hélène, page 343.

[19] Lefroy reprenait ici l'image, toujours vivace, d'un Napoléon qui avait causé la mort d'un grand nombre de personnes pendant 15 années de guerres. Cette opinion, assez répandue, oublit le fait que la plupart des guerres avaient été déclenchées non par Napoléon mais par des coalitions successives financées par l'Angleterre. En fait, les deux seules guerres que Napoléon débuta lui-même, à savoir la guerre d'Espagne et la campagne de Russe, ont été les causes principales de sa ruine ! Il est vrai que ces deux campagnes ont atteint un degré d'horreur qui a de loin surpassé toutes les autres, et ont peut-être ainsi contribué plus que toute autre considération à cette opinion générale.

[20] Les trois cercueils intérieurs de 1821 ont été placés dans celui l'ébène, alors que le cercueil externe, en bel acajou, avait été découpé puis partagé entre les membres de l'expédition qui l'emportèrent en France comme autant de reliques.

[21] Le quatrième coin était tenu par Las Cases.

[22] Le lieutenant E. Littlehales, commandant du brick HMS Dolphin, sans doute mû par un sentiment anti-français, a fait ramener le pavillon au passage du canot qui emportait le cercueil de Napoléon à la Belle Poule, prétextant que c'était le soir, alors que les trois navires français dans la rade continuaient de tirer des salves d'honneur; les marins français, ayant constaté l'injure, se seraient écrié, selon Gourgaud: "Le commandant du Dolphin est un cochon !" Même le Prince de Joinville, qui connaissait évidemment les usages de la Marine, avait noté dans son journal: "Quant au brick anglais Dolphin, il a été d'une insolence rare." (source: Mameluck Ali - Journal inédit du retour des Cendres - 1840, édition Jacques Jourquin, 2003)

[23] Lefroy n'était pas anti-français mais il regrettait que son gouvernement britannique ait facilement cédé à l'insistance française de rédiger les procès-verbaux avec la mention "Empereur Napoléon", remettant ainsi en cause une politique officielle anglaise qui, depuis 1804, avait refusé de reconnaître Napoléon comme empereur et lui avait fait la guerre depuis lors.

[24] Le Prince de Joinville.

[25] Dans son récit, Gourgaud a mentionné cet observatoire installé par Lefroy dans la maison New Longwood: "Il y a des minéraux, un cabinet de physique, mais nous étions trops absorbés pour y prendre le moindre intérêt." Quant à Arthur Bertrand, il invoqua une autre raison plus sentimentale, et très plausible, compte tenu que Napoléon lui-même avait refusé cette nouvelle demeure qui lui décrétait une captivité jusqu'à la mort : "Nous avons passé devant cette maison sans vouloir y entrer, elle eût ranimé des souvenirs trop pénibles. Le bien et le mal ont leur immortalité: sir Hudson Lowe, vous aurez la vôtre."

[26] Ce détail montre que les reliquaires ramenés de Sainte-Hélène ne contiennent par forcément des pièces reccueillies au pied de la tombe de Napoléon !...

[27] A la faveur de la nuit qui tombait au moment du transbordement de cercueil de Napoléon, la confusion a pu être possible.


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