L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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ITINÉRAIRE NAPOLÉONIEN (et personnel) À SAINTE-HÉLÈNE
par Jean Fratoni



18 octobre - 9 décembre 1815

Cette jeune fille au visage plein de sensibilité, avec d’immenses yeux calmes, ce serait donc paraît-il Elizabeth Balcombe, dite Betsy, la cadette, sans doute deux ou trois ans après sa première rencontre avec l’Empereur.
Betzy Balcombe
Betsy Balcombe

Ce portrait exposé dans l’unique pièce du pavillon des Briars n’évoque guère la petite peste effrontée, le garçon manqué (tomboy) dont parlent les Anglais, non plus d’ailleurs que la dame brune au nez pointu, Madame Abell (Betsy devenue grande) dont la photo est posée juste à côté, avec ses allures de veuve espagnole.
Betsy parlait quelque peu français (Napoléon baragouinait trois mots d’anglais). Quand elle quitta l’île avec sa famille en 1818 il lui a offert (à sa demande) une mèche de cheveux qu’elle dira avoir gardée toute sa vie. Dans ses souvenirs publiés bien plus tard (en 1844) elle racontera plein de petites scènes enfantines qui mettent en jeu une gamine capricieuse, impertinente au possible, elle, et un espiègle compagnon de jeux, Napoléon. Les Britanniques surtout raffolent de cette histoire.
Bien entendu il ne s’est rien passé entre eux, sinon quelque chose de touchant, de drôle, d’émouvant, entre un Napoléon inattendu, facétieux, indulgent -au scandale de ses compagnons- et une fillette qui n’aurait été qu’une petite chipie si elle avait eu sept ans, mais elle en avait quatorze… Bien sûr elle essayait ses pouvoirs, et bien sûr elle était amoureuse du monstre, il suffit de lire entre les lignes. Et bien sûr ce n’était plus du tout un monstre.  
 
C’est l’arrière-petite nièce de Betsy, une Australienne, Dame Mabel Brookes (Dame, l’homologue féminin de Sir, marque de son rang dans le Most Excellent Order of the British Empire) qui a racheté le pavillon puis en  a fait don à la France en 1959.
Pavillon des Briars
Pavillon des Briars

On aime sa façade aimable et claire avec ses hautes fenêtres, à comparer avec celle de Longwood House.
Longwood House
Longwood House

Selon l’heure le pavillon était chambre à coucher, salle à manger, salon, bureau de travail. Napoléon y aura passé deux mois studieux (il dictait beaucoup) et relativement insouciants, les seuls moments presque heureux de son exil. À la fenêtre de droite on devine sa silhouette.
 
Depuis 1959 le drapeau français peut donc ainsi flotter sur le Pavillon des Briars, la troisième et dernière pièce des Domaines français de Sainte-Hélène, après Longwood House et La Vallée de la Tombe, c’est-à-dire (à l’exception de la maison Porteous dans laquelle il n’a passé qu’une courte première nuit) tous les endroits où Napoléon aura séjourné, vivant ou mort, pendant un quart de siècle, et sur les destinées desquels veille jalousement depuis plus de vingt ans le Consul Honoraire de France et Conservateur des Domaines français Michel Dancoisne-Martineau.

Domaines est le terme français officiel utilisé par le Ministère des Affaires Etrangères, qui en est le tuteur, mais les Anglais se méfient de ce nom dans lequel ils soupçonnent une sournoise prétention française à la souveraineté, avec peut-être comme une vague crainte de voir rejouer sous leurs yeux « Passeport pour Pimlico »… Comment donc faut-il dire au juste pour n’offenser ni la vérité ni les susceptibilités : Domaines ? Possessions ? Propriétés ?  
Les Français se plaisent parfois à entretenir l’équivoque, mais en fait, si le drapeau français flotte bien au sommet d’un mât sur chacun des trois sites napoléoniens ce n’est que de façon symbolique, par courtoisie, cela ne signifie nullement comme on peut lire même dans des ouvrages sérieux qu’il s’agirait en quelque sorte de parcelles du territoire français. Les Domaines n’ont même pas le statut des ambassades, lesquelles, à défaut d’extraterritorialité, sont protégées par l’inviolabilité des locaux et des communications (la valise diplomatique) et l’immunité des personnes.  En revanche, ils reflètent bel et bien une cession à titre perpétuel à la France des droits de propriété de la Couronne britannique et des propriétaires locaux (contre dédommagement substantiel), ce qui dans le contexte n’est déjà pas mal !
Propriétés françaises est donc à la fois parfaitement exact et non polémique -même si cela flatte peut-être un peu moins l’amour-propre national.
 
La plaque de cuivre fait penser de loin à celle de quelque médecin de province bardé de diplômes. En fait elle relate, en français, l’histoire de l’acquisition.
Plaque commémorative aux Briars
Plaque commémorative aux Briars
 
Cette plaque a normalement son pendant anglais de l’autre côté de la porte. J’ai trouvé la reproduction de cette seconde plaque, momentanément dévissée de son socle, dans un fascicule du Tourist Office :

 
THE  DUKE  OF  WELLINGTON
STAYED IN THIS HOUSE WHEN RETURNING FROM INDIA
IN JULY 1805
 
THE  EMPEROR  NAPOLEON
ALSO LIVED HERE FROM THE 18TH OF OCTOBER UNTIL
THE 10TH OF DECEMBER 1815 BEFORE TAKING UP HIS
RESIDENCE AT LONGWOOD HOUSE
 

De part et d’autre de la porte d’entrée chacun des protagonistes a donc entendu faire valoir son point de vue ! A la lecture on croit comprendre :

-   que Wellington avait une propension à habiter les futures chambres de Napoléon (ou, selon l’autre point de vue, que Napoléon avait une propension à s’installer dans les chambres précédemment occupées par Wellington),

-   que le titre d’Empereur ne fait plus problème,

-   et que cette plaque est sans doute antérieure à l’autre.

Enfin, le délicieux ALSO du deuxième paragraphe vise à fixer clairement la hiérarchie britannique entre les occupants successifs.
 
 
Feuillages, grille, fenêtres, reflets, ombre - l’adieu aux Briars (vue prise au crépuscule, à travers une fenêtre du Pavillon).

Napoléon aux Briars



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