L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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ITINÉRAIRE NAPOLÉONIEN (et personnel) À SAINTE-HÉLÈNE
par Jean Fratoni



Octobre 1840

Vingt ans après …  Ils furent dix anciens compagnons à revenir, dont six avaient connu tout l’exil, et cette fois ils entrèrent bien par la poterne qu’on avait fait éviter à l’Empereur et débouchèrent sur Grand Parade.

Entrée de Jamestown
Entrée de Jamestown

Tout était là comme avant (et à peu près comme encore de nos jours), à gauche le Castle, son jardin, la pension Porteous, à droite les anciens magasins de la Compagnie des Indes et l’église Saint-James, et en face d’eux Main Street bordée des mêmes bâtiments jusqu’à la fourche des deux rues là-bas tout en haut, qui poursuivent à gauche vers les Briars et Longwood, à droite jusqu’à Plantation House et au-delà. Une gravure à peu près contemporaine du Retour en donne une bonne idée.

Jamestown vers 1840
Main Street vers 1850, maison Porteous première à gauche
 
Sur le versant droit de la gorge on avait construit une sorte de glissière qui montait directement depuis Jamestown jusqu’au fort de Ladder Hill dont on voyait toujours sur la crête la silhouette menaçante, mais ce qui frappa surtout Emmanuel de Las Cases, qui retrouvait les lieux qu’il avait connus adolescent, c’est combien peu de choses avaient changé. C’est encore plus vrai depuis l’ouverture du canal de Suez en 1869 : l’île désertée s’est presque complètement refermée sur elle-même.
 
 « J’étais très frappé et les autres compagnons d’exil éprouvaient la même impression, du peu de changement que nous trouvions, soit dans les situations des personnes, soit dans celle des choses. Il nous semblait vraiment que nous ouvrions les yeux après un sommeil de vingt ans. En vingt ans une localité d’Europe change presque totalement de face (…) là, pas de mouvements politiques, point de révolution, rien ne vient y alimenter les passions des hommes (…) En un mot, à Sainte-Hélène on ne s’agite pas, on ne tourmente pas son existence, on vit et voilà tout. »
 
Et ne serait-ce d’ailleurs pas cela, le secret du charme insidieux de Sainte-Hélène ? Ce pour quoi on se presse au bastingage pour la voir s’éloigner dans le couchant, se perdre au loin dans le sillage du bateau, l’île forteresse, l’île prison, l’île cimetière, avec une pointe de nostalgie. Un lieu où nous ne serions plus tenus que de vivre ? Mais seulement vivre, pour Napoléon ce n’était pas assez.
 
Ils visitèrent l’île au gré de leurs souvenirs pour les compagnons, de leur curiosité pour les autres. Depuis le fort de Ladder Hill on dominait le rivage au contour inchangé, la place d’armes, l’église Saint-James, le fort ou Castle, alors comme aujourd’hui siège de l’administration de l’île, et le jardin traversé par l’Empereur le soir de son arrivée.

Napoléon n’avait jamais vu ce paysage, connu pourtant de tous les visiteurs, même quand ils ne disposent que d’une seule journée à terre.

Du haut de Ladder Hill
Du haut de Ladder Hill

Il n’avait d’ailleurs jamais emprunté la route qui monte à l’assaut du versant droit de la faille de Jamestown. De là-haut il aurait pu aussi observer le RMS Saint-Helena, La Belle Poule, le Northumberland à l’ancre.
 
En approchant de l’île les pèlerins de 1840 furent frappés, dirent-ils, par la découpe du Barn vu de la mer, qui leur parut reproduire fidèlement le profil de l’Empereur sur son lit de mort. Ce massif et son voisin en forme de cône, le Flagstaff, Napoléon les avait chaque jour sous les yeux, sauf par épais brouillard.

De l’endroit de la photo ci-dessous on distingue à la fois le lieu de résidence de l’Empereur, marqué par le bouquet de grands arbres, et avec un brin d’imagination son profil aplati sur la montagne.

Le Barn, au profil de Napoléon
Le Barn, profil de Napoléon ?
 
Bien sûr ils rendirent visite à la maison de Longwood (la piste qu’ils avaient connue avait été macadamisée, comme on disait alors), ou plutôt à ce qu’elle était devenue. Transformée en ferme, ils la trouvèrent dans un désolant état de saccage et d’abandon.



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