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ITINÉRAIRE NAPOLÉONIEN (et personnel) À SAINTE-HÉLÈNE
par Jean Fratoni



Ah, ce Vin de Constance… aussi doux au palais qu’à l’oreille !

Vin de Constance

Vin de Constance
Vin de Constance

Napoléon, qui n’était pas un grand buveur, appréciait à l’occasion un petit verre de ce vin du Cap, alors renommé, qui tirait son nom (Constantia) de la propriété créée par le Gouverneur hollandais à la fin du XVIIème siècle. Las Cases, après son renvoi de Sainte-Hélène en 1816, et connaissant le goût de son maître, lui en fit envoyer deux fois un tonnelet depuis Cape Town.

Baudelaire le citera, dans Les Fleurs du Mal :  « Je préfère au constance (…) l’élixir de ta bouche… » - c’était dire la suavité (presque) insurpassable du constance.

Après une longue interruption le vin de Constance est de nouveau produit aujourd’hui, sous deux dénominations : Klein Constantia (Petit Constance) et Groot Constantia (… Grand Constance) –petit et grand n’étant que la dénomination des domaines respectifs. Même ici on retrouve donc cette tendance à la multiplication des symboles napoléoniens, comme on a déjà noté le dédoublement des tables d’acajou et la prolifération des petits chapeaux.
Dans les deux cas il s’agit d’un vin doux naturel d’une belle robe rose doré, très parfumé. Tout en savourant l’un et l’autre on se gardera de trancher sur leur degré respectif de fidélité à l’original. La jolie petite bouteille de 500 ml semble bien être, elle, parfaitement identique aux flacons d’époque.
La dernière fois que Napoléon a réclamé du vin de Constance fut le 21 avril 1821, deux semaines avant sa mort, après avoir mis la dernière main à ses dispositions testamentaires.

Un peu avant, Jane Austen aussi lui avait fait une petite place dans « Sense and Sensibility » (la première traduction française étant de 1815, Napoléon aurait pu la lire à Sainte-Hélène) : le constance y est présenté à la sage Elinor comme un remède souverain, et donc propre à soulager les peines de l’âme de sa jeune sœur, la romanesque Marianne. Elinor en sourit mais c’est elle qui boit le verre proposé – après tout, n’a-t-elle pas elle aussi été déçue en amour ?
 
Enfin, à propos de peines de l’âme, et même de constance, comment résister au plaisir de citer mon ordre du jour napoléonien préféré ?
 
« Ordre du 22 floréal an X.
Le grenadier Grobbin s’est suicidé pour des raisons d’amour, il était d’ailleurs bon sujet ; c’est le second événement de cette nature qui arrive au corps depuis un mois.
Le Premier Consul ordonne qu’il soit mis à l’ordre du jour de la garde qu’un soldat doit savoir vaincre la douleur et la mélancolie des passions ; qu’il y a autant de vrai courage à souffrir avec constance  les peines de l’âme qu’à rester fixe sous la mitraille d’une batterie. S’abandonner au chagrin sans résister, se tuer pour s’y soustraire, c’est abandonner le champ de bataille avant d’avoir vaincu.
Signé BONAPARTE, Premier Consul. »



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