L'AUTRE SAINTE-HÉLÈNE
L'autre Sainte-Hélène - The other St. Helena

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ITINÉRAIRE NAPOLÉONIEN (et personnel) À SAINTE-HÉLÈNE
par Jean Fratoni



3 janvier 1816 et 4 octobre 1820

Mount Pleasant… Le site, la demeure, son nom même, tout donne au voyageur l’envie d’y déposer son sac. C’est aussi un lieu cher aux pèlerins, un nom évocateur de choses douces, comme Betsy, ou encore Vin de Constance (voir plus loin), un des rares qu’on puisse associer à un moment heureux... Napoléon est allé deux fois jusqu’à Mount Pleasant, la seconde, le 4 octobre 1820, marquée par une sorte de pique-nique au champagne sur la pelouse devant la maison, mais d’où on dut le ramener en voiture, épuisé. Ce fut sa dernière sortie hors de Longwood. La maison actuelle (à une des grandes familles locales, les Thorpe) n’est plus vraiment celle d’origine mais, rebâtie au même endroit, elle a déjà plus de cent ans.
Mount Pleasant
Mount Pleasant, site de la maison qui appartenait à Doveton durant la captivité
 
La réalité du décor c’était aussi la photo ci-dessous.
Canons à Mount Pleasant
Canons désaffectés, entassés derrière le Musée de Jamestown

Napoléon a-t-il ou n’a-t-il pas vu de ses yeux ces canons-là ? L’île en était toute hérissée. On les déterre encore aujourd’hui comme de la mauvaise herbe. Ceux-là une fois nettoyés décoreront l’accès au Musée local. Aucun n’a jamais servi si ce n’est pour marquer midi ou le couvre-feu, au coucher du soleil, ou pour rythmer un grand évènement –telles les obsèques de l’Empereur, le 9 mai 1821, ou la solennelle remise de son corps aux Français le 15 octobre 1840.
 
High Knoll Fort : de partout ou presque on l’aperçoit et on l’apercevait, silhouette menaçante, isolé comme une citadelle cathare sur son pog (à peu près ce que veut dire knoll).
Le fort High Knoll
Le fort High Knoll

Sous sa forme actuelle il date de la fin du XIXème mais la première construction remonte à 1790. Si d’aventure un débarquement ennemi avait pu se produire, les envahisseurs se seraient trouvés sous le feu de ses canons. Comme le reste du dispositif de défense, il n’a jamais servi sinon peut-être de dissuasion. C’était en tout cas un formidable poste de surveillance : par temps clair il contrôle l’océan sur plusieurs dizaines de kilomètres.
Vue à partir de High Knoll
Vue à partir de High Knoll, avec Half Tree Hollow en second plan

Hier à peu près désert, Half Tree Hollow, le plan incliné vers la mer qui forme le sommet de Ladder Hill est aujourd’hui presque entièrement couvert d’un ensemble de maisonnettes très simples. Avec plus d’un millier de résidents il constitue maintenant la ville haute de Jamestown, plus peuplée désormais que la ville historique étranglée dans son anfractuosité deux cents mètres plus bas.
 
High Knoll, vu du ciel
High Knoll Fort vu des airs
(source: "The St Helena Connection", bulletin de la "Society of Friends of St Helena", mai  2011)

Cette photo serait banale n’importe où ailleurs, ici elle est exceptionnelle puisque Sainte-Hélène ne peut être vue du ciel qu’à l’occasion de l’escale d’un navire équipé d’un hélicoptère.
 
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Retour à Longwood : exemple de ce qu’on pouvait voir par les fenêtres un jour sans pluie ni brouillard.

Vue de l'intérieur de Longwood

Vue de l'intérieur de Longwood
Vues depuis l'intérieur de Longwood
 
Par temps de brume on se calfeutrait, quand il faisait vraiment soleil on se protégeait de la chaleur en tirant les volets, et cette pénombre, cette possibilité aussi de voir sans être vu, convenaient à l’Empereur. Le monde extérieur lui parvenait tamisé par les fentes des persiennes.
Persiennes de Longwood

Persiennes de Longwood
Persiennes de Longwood

On dit qu’il avait lui-même taillé au canif (ou plutôt fait tailler) des échancrures en croissant lui permettant de glisser au besoin l’extrémité de sa lunette. On les a même pieusement reproduites dans les persiennes modernes, à la bonne hauteur, soit une dizaine de centimètres au dessous de la mienne (1,78 m). C’est comme une minuscule fenêtre ouverte dans la fenêtre.
Persiennes de Longwood
Emplacement pour la lunette de Napoléon

Ici je ne peux m’empêcher, irrévérencieusement, de penser à cette fable miniature de Norge où quelqu’un est surpris à regarder l’azur du ciel par le trou de la serrure. On l’invite à ouvrir simplement la porte ou la fenêtre pour mieux en profiter, mais non, pas du tout : « … mon azur à moi c’est plus compliqué ».  



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